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Lundi 7 juillet 2008 1 07 /07 /Juil /2008 17:52

 

UNE CURIOSITE

HEUERSDORF En Allemagne, le 31 octobre 2007, spectaculaire déplacement de 12 km d’une église de 750 ans et de 660 tonnes du village d’Heuersdorf à celui de Borna qui en compte maintenant deux sur sa place principale.

VERS UNE APPROCHE PAYSAGERE DU CONSTRUIT

 

 

Un retour sur une matière produite ces dernières années constitue une manière d’introduction à la ligne éditoriale qu’entend défendre et développer le site DATABLOCK. Cette matière, en bonne partie notre produit, parfois restée au stade de l’intuition, semble, rétrospectivement, représentative de l’approche qui nous concerne de l’architecture et de l’environnement construit : axée sur la recherche, envisagée dans le contexte assumé de la mondialisation, cette approche tente de réinvestir une théorie du paysage qui se garderait de tout conservatisme, attentive et ouverte au mouvement, ce qu’éclaire notre formule : nous déplacerons des paysages.

 

L’idée d’interroger un champ d'action critique se déployant continûment, à de multiples échelles depuis l’univers urbain jusqu’aux environnements naturels, à été l’objet, particulièrement en France, de la théorie du paysage (Augustin Berque Géographe spécialiste du Japon, et Alain Roger philosophe spécialiste de l’esthétique, en représentent les aspects les plus intéressants). Cette pensée, au fait des contradictions issues de la modernité, fait l’examen des sensibilités occidentales et asiatiques du paysage - Europe et Asie sont les deux grands foyers de la sensibilité paysagère, de l’invention du paysage - pour aboutir à la synthèse planétaire de l’écoumène ; la plus grande échelle des milieux humains.

 

Dans la ligne qui est la notre,  il est formulé l’idée simple qu’il n’y a pas d’architecture, comme il n’y a pas de paysage, sans relations avec un (mi)lieumilieu dont il faut convenir que les limites sont aujourd’hui questionnées par la prégnance acquise des univers virtuels, la circulation accrue des flux d’informations, la conscience acquise qu’une action à une échelle locale a des répercutions à l’échelle globale, dans les domaines de l’environnement comme sur le plan des cultures. On peut le constater sur le plan de la pratique architecturale : l’idée de contexte se trouve élargie à nos exotismes – ce « déplacement », fécond, s’avérera utile pour penser une situation étirée entre les continents Asiatiques et Américains, la multiplication des models en voie de recomposition qui nous sont renvoyés et nous renvoient continuellement au contexte global.

 

Sensibles à la fonction matricielle d’un environnement où l’homme, la culture dans son évidente diversité, se retrouve partout - on pourrait presque comprendre dans le même temps que l’homme ne se trouve plus chez lui nulle part, qu’il est déterritorialisé -, la dynamique des projets qui nous inspirent implique une prise en compte du milieu, de l’environnement qui dépasse la notion traditionnelle du contexte pour atteindre celle de paysage – quand la notion de paysage pose problème, quand les paysages sont en pleine mutation. Dans une démarche résolument transversale, le réinvestissement de cette source conceptuelle qui porte l’idée d’une transformation de l’environnement en paysage et de l’espace en territoire a fécondé des stratégies possibles d’architecture qu’il s’agit maintenant de clarifier.

 

Ce site Internet communiquera la spécificité de cette approche et son actualité. Il proposera entre autre des liens avec d’autres sites, des textes de références et tout type de matériel qui nourrit l’idée de l’émergence d’une approche paysagère de l’architecture dans sa nouveauté. Une approche qui dépasse la simple relecture de l’articulation de l’espace construit avec les environnements qualifiés de naturels, pour tendre plus vers une approche du territoire en tant que géographie, configuration mentale.

 

DATABLOCK se propose de prolonger la réflexion qui avait été engagée à la fin des années 1990 au sein du groupe ‘SCAPE autour du personnage de Duncan Lewis; de l’émanciper de la piste, intéressante, fondatrice mais peut être réductrice, de l’hybridation du construit et du végétal que ce dernier avait développé dans le sillage du collectif qu’il formait avec Edouard François et François Roches vers 1993 – Duncan Owen Lewis est un personnage doublement intéressant par la cohérence de son travail et sa position d’étranger volontaire : un temps attiré par le Japon, nourrit des paysages d’Angleterre, il finit par exercer en France, plus précisément dans la région Angevine dont on connaît l’influence dans le domaine paysagiste des jardins à la Française. Cette confrontation, vécue dans la découverte sensible, à des pratiques culturelles différenciées du paysage et des jardins, cultivant chacune la vision traditionnelle d’une nature dominée par l’artifice et savamment mise en forme - la découverte d’une nature déjà construite en somme - contribua à l’expression de l’intuition du « végétal architectural » qu’il développe depuis, et maintenant à Bordeaux, explorant la frontière du vrai et du faux, de la représentation et du vivant.

 

Dans la perspective d’un dépassement de cette piste déjà largement ouverte, le projet commun Tartan Land’s,  présent à Archilab en 2001 sous la bannière du groupe ‘SCAPE, qui jouait de l’identité en exil de cet ami écossais - du déplacement, que ce jeu a inspiré, des concepts que véhicule le vêtement vers le construit - constitue l’intuition fondatrice d’une approche paysagère de l’architecture, légèrement décentrée, faisant moins directement allusion au végétal ; elle ouvre à plus de connexions sensibles et symboliques, met l’accent sur l’aspect culture du paysage abandonné d’ordinaire à l’expression hégémonique de son aspect nature – une nature pourtant cultivée, évidemment dominée par l’artifice. Ce projet est à considérer d’un point de vue programmatique, que le groupe n’aura pas l’occasion de développer plus avant. 
 

TARTAN LAND’S, Glasgow, Ecosse, Projet, 2001, ‘Scape (F) - Duncan Owen lewis (1959),  Hervé Potin (1972), Pascal Riffaud (1969), Benoît Fillon (1970), Denis Brillet (1970), Stéphane Lagré (1969)

« ‘Scape était un laboratoire, aujourd’hui recomposé, qui comprenait 6 architectes. Regroupement de leurs trois agences (Lewis, Potin & Lewis Angers – devenu aujourd’hui les deux entités ‘Scape architecture Bordeaux et Guinée/Potin architectes Nantes, Block architectes Nantes et Data0.10 Nantes). ‘Scape était une véritable plate-forme expérimentale de recherche et de production architecturale. Dans une démarche résolument transversale, ses membres interrogeaient un champ d'action critique se déployant continûment, à de multiples échelles depuis l’univers urbain jusqu’aux environnements naturels. La dynamique générale des projets développés au sein du groupe trouve sa source conceptuelle dans le terme même de "scape" dont le champ lexical véhicule l’idée d’une transformation de l’environnement en paysage et de l’espace en territoire. ‘Scape opérait, dans le flux des situations de projet, une série de dérives conceptuelles contrôlées laissant émerger des pistes de travail non encore explorées par le groupe. »


Dans ce sillon, la machine de guerre développée de son côté par BLOCK (Mais que  me veut-il ? – fasciné par un blockhaus de Nantes, un groupe l’investit en 1994 dont nous avons tous fait partie - la rencontre est déroutante, une latence contenue dans sa forme amplifie sa présence, son aura. Le  collectif est pris dans l'aventure d'un projet d'architecture dont le dessin est déjà fait et qui en outre existe matériellement. Il est question d'un objet trouvé. Certainement notre premier projet d'architecture) c’est la forme indexée ou forme indexe : la forme qui montre et donne a voir par renvoie de forme et de matière, se concentre sur la fonction matricielle du milieu et la plasticité de formes qui l’embrayent. C’est chaque fois la proposition d’une intervention qui modifie le regard porté sur un milieu – chaque projet, à la manière d’un embrayeur, institue l’environnement en paysage, l’ouvre à la contemplation. Ainsi l’installation Forme intermédiaire » produite pour le Lieu Unique, Nantes, 2007 «nous fait passer dialectiquement de l’expérience vécue du mouvement à l’abstraction d’une construction mentale, d’un genre plus contemplatif… 

 

D’un point de vue radical, Pascal Riffaud, membre de l’Agence Block, suggère l’archétype d’une forme qui préexisterait littéralement dans l’environnement : « une politique des formes - je doute - je regarde Close Encounters of the Third Kind , comme Roy Neary, ce personnage du film « à la rencontre du 3eme type », dont je me sens très proche, qui, après qu’il ait été mis en contact avec des UFO, est habité par une forme et tente de la représenter pour se rendre compte finalement qu'elle préexistait dans le pays. ». Cette systématisation de l’exploration de la forme indexe est une piste qui rend possible que soit envisagée l’expression du « paysage urbain » sous la forme de dispositifs en feedback : c’est tout l’objet du projet intitulé « l’urbaine résonance ».

FORME INDEX – Ghost Bunker, BLOCK Architectes, surélévation du BLOCKHAUS DY10, lieu dont ce groupe d’architectes, ainsi que le  DATA0.10,  est une émanation, Nantes, 2003 FORME INDEXEE Rencontre du Troisième Type (Close Encounters of the Third Kind), un film de Steven Spielberg de 1977. En plein milieu de son salon, Roy Neary s’apprête à terminer une version monumentale de la forme qu’il répète inlassablement depuis sa rencontre avec des OVNI, alors qu’une

 

D’une certaine manière, si l’on se réfère à des artistes auxquels nous accordons une certaine importance, on retrouve la tentation du paysage urbain formalisée autrement, par exemple chez Nicolas Moulin, dans Vider Paris : Une modification de l’espace urbain qui montre Paris comme paysage, instaure la distance nécessaire qui nous prive sciemment de la présence effective de l’homme pour mieux donner à voir son œuvre en tant que telle – la ville réduite à son aura – et éclaire d’un sens particulier cette réflexion formulée par Julien Gracq dans La forme d’une ville : « La ville idéale qui resurgit spontanément de mes songeries, reste, à l’image du Nantes des Cours, une ville évacuée quand plus rien n’adoucit les angles coupants des rues, quand la brume humaine qui masque son arrogance minérale s’est dissipée.».


NICOLAS MOULIN – VIDER PARIS, cliché 43, Gal. «Chez Valentin» 2001, Prix Arcimboldo 2006 – Vider Paris, Paris-Fiction, livre tiré de l’exposition des photos, vidéos et installations multimédias de Nicolas Moulin - compile une série de clichés montrant Paris rendu à sa minéralité architecturale. Une ville où toute trace de vie a disparu, où les immeubles sont devenus inaccessibles, où seuls demeurent la pierre et le béton...

Cet artiste, une référence parmi celles que nous apprécions, est surtout photographe. La peinture de paysage ne peut plus être l’indice de la sensibilité paysagère et l’activité plastique qui en prend le relais aujourd’hui, plus ou moins consciemment, renouvelle le médium de sa représentation, privilégiant celui de la photographie. L’accent mis sur une approche paysagiste qui contribuerait à l’invention du « paysage urbain » pourrait nous conduire à faire la relecture partisane de la production artistique récente : On pense aux photographies du japonais Masataka Nakano, rassemblées dans son ouvrages  Tokyo Nobody qui montre, patiemment photographiée sur une longue période, la capitale nippone privée de toute présence humaine pour mieux la révéler – ce qui n’est pas sans rappeler le regard que walter Benjamin portait, exprimée dans son texte désormais célèbre L’œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique,  sur le travail du photographe Eugène Atget au début du XXè siècle : la construction patiente de la vision d’un Paris déserté par ses habitants – On sait maintenant que cette interprétation du travail d’Adget, partagée et en partie suscitée par les surréalistes, était fondée sur une méconnaissance partielle de son œuvre, découverte depuis lors ; mais elle nous éclaire sur un regard qu’il est possible de porter sur la ville.


MASATAKA NAKANO, Tokyo Nobody, 1992/2000 - Tokyo Nobody est une série de photographies montrant, comme son nom l’indique, les rues de Tokyo désertes : on n’ y trouve pas âme qui vive. Il est assez impressionnant de voir ces rues, généralement grouillantes de monde, comme Shibuya station, Ginza street et bien d’autres, complètement dépeuplées… comme si une catastrophe venait d’arriver. Ainsi, l’on recherche dans chacune des images une présence humaines, ce petit quelques chose qui nous manque… en regardant cette série de photo réalisée sans trucage ni retouche nos sentiments se trouve bouleversés et c’est là ce qui fait de l’œuvre de Masataka nakano quelque chose de vraiment unique et magnifique.

EUGENE ATGET Coin, rue de la Montagne-Sainte-Geneviève, 5°, 1924

Nicolas Moulin, avec Askiatower, 2006 – mais peut être est-ce nous qui l’interprétons ainsi dans la perspective de l’invention du paysage urbain – va plus loin quand il déplace le Ryungyong hotel dans un paysage d’Islande. Il assimile d’emblée cette édifice colossale, à l’abandon dans son état de gros œuvre depuis près de dix ans, à un morceau de nature artificielle – tel que peut le percevoir un œil initié, édifice minérale installé aussi muet qu’une montagne dans le paysage urbain de Pyongyang.


NICOLAS MOULIN – ASKIATOWER, Gal. «Chez Valentin» 2001, “Askiatower”, 2006. Déplacement du RYUGYONG HOTEL dans un paysage d’Island - on trouve cet hôtel resté à l’état de gros œuvre dans le quartier de Potong-gang à Pyongyang, Corée du Nord, - Tirage couleur sous diasec contrecollé sur aluminium, châssis métallique affleurant 107 x 161 cm

 

Tout comme pourrait être faite, par exemple, une relecture des Teenage stories de l’artiste Julia Fullerton-Batten, qui photographie de jeunes adolescentes dans un décor urbain miniature hyperréaliste. Le paysage urbain, c'est-à-dire ce qui donnerait à voir la ville comme telle, médiatisée par le regard - regard rompu à l’artifice de l’art - est une sensibilité émergente à laquelle Stéphane Lagré (DATA-0.10) travail à l’élucidation dans la perspective d’une approche paysagère de l’architecture. On peut détecter le versant populaire de cette émergence dans la mode des parcs d’architectures miniatures (dernièrement, un reportage relatait le passage de trois guerriers Massaïs au parc France Miniature, « émerveillés par la richesse des monuments, ils étaient ravis de pouvoir visiter toute la France en une seule fois), ce qu’exploite Julia Fullerton-Batten dans un registre plus savant.

ARCHITECTURE MINIATURE - DES MASSAÏS à PARIS. A l’invitation de l’ONG TERRA NATURA, 3 Guerriers Massaïs : Samy, Koileken et Koitumet étaient de passage à Paris les 19 et 20 juillet 2008 et à cette occasion ont visité le Musée Grévin le samedi et France Miniature le dimanche. Ils ont été émerveillés par la richesse des monuments et étaient ravis de pouvoir visiter toute la France en une seule fois… Les visiteurs éberlués de cette surprenante rencontre ont pu toucher leur coiffe faite de crinière de lion tué de leurs mains et admirer leur tenue ainsi que leurs danses et chants - Site Internet du Groupe France miniature. ARCHITECTURE MINIATURE – THE WORLD, Film chinois avec Zhao Tao, Chen Taisheng, Jing Jue, Jiang Shongwei de 2005 Quoi de moins cinégénique, a priori, que la mondialisation ? Quoi de plus rétif à la représentation que ce processus caractérisé par sa puissance de désincarnation ? Pour figurer cet état diffus du monde, où le temps ne cesse de dévorer l'espace, le cinéma semble n'avoir d'autre choix que de recréer le monde. The World est le nom donné à un parc d'attractions pékinois qui reproduit en taille réduite les monuments célèbres de la planète et sert en partie de décor au film éponyme. Le programme qu'il offre consiste à faire le tour du monde en une journée, sans quitter Pékin. Une jeune femme, personnage du film, passe devant la reproduction d’un monument célèbre de Venise. ARCHITECTURE MINIATURE - JULIA FULLERTON-BATTEN, Teenage Stories, red dress in city, 2005

Un autre indicateur, qui fonde l’intuition de l’émergence du paysage urbain, elle reste à démontrer mais peut dors et déjà nourrir des projets, serait la copie à l’identique de morceaux de villes reconstitués, aux antipodes de leur aire d’influence culturelle, dans d’autres pays, sur d’autres continents (comme le Little Paris de Hangzhou – la pièce la plus sidérante d’un plus vaste projet de la promotion immobilière de Shanghai : one city in nine towns). Ce phénomène de réplication, qu’on peut mettre en parallèle du remake au cinéma, dépasse l’impérialisme des modèles dominants pour atteindre aux possibilités d’une époque : une architecture déplacée dans un contexte global qu’évoque en filigrane le film The world de Jia Zhang-Ke dont l’intrigue se situe dans le décor d’un parc d’architecture miniature sur lequel les protagonistes projettent leur désir de fuir leur condition d’existence - ce que les promoteurs de Shanghai exploitent, le transposant à l’échelle un de l’urbanisme : ce n’est plus le voyageur qui va à la ville étrangère mais la ville étrangère qui vient à lui. Tout cela serait donc l’indice de l’institution de la ville en paysage, sujet urbain qui renvoie à lui-même sous les auspices de l’art.


Convaincu que « les remakes sont autant des mémoires de paysages que leur création », il semble possible de mettre à profit, en la déplaçant, cette pratique du cinéma : le Remake suggère ici l’archétype d’une architecture émergeant du contexte global – le remake anticipe en quelque sorte la réalité d’un urbanisme qui puise maintenant dans un corpus globalisé de références culturelles.

LITTLE PARIS, TIANDUCHENG, Banlieue d’Hangzhou, l’impression d’une ville déracinée - « on savait déjà que la ville de Bucarest se voulait le petit Paris de l’Europe de l’est, mais que dire du quartier résidentiel de Tianducheng, dans les environs d’Hangzhou, au cœur de la province du Zhejiang à l’est de la chine. Après quatre années de travaux par Zhejiang Guangsha Co. Ltd., environ 2000 résidents y habitent maintenant (Septembre 2007). A deux heures de Shanghai, un promoteur chinois bâtit cette ville nouvelle en s’inspirant de l’architecture haussmannienne, elle fait partie d’un vaste projet destiné à accueillir 500 000 habitants nommé « one city in nine towns ». Un petit Londres – Thames town – un petit Rome et une évocation de New York et de Venise sont déjà sortis de terre. A Tianducheng, Il a même été érigé une tour Eiffel de plus de 100m de haut, la proximité d’un terrain militaire d’aviation lui interdisant l’échelle originale, pour qu’il n’y ait aucun doute: c’est un petit Paris qui sort de terre sans la toucher. Dans 10 ans, près de 100 000 personnes devraient vivre ici ».


Ainsi, le nouvel horizon virtuel qui découle de la globalisation – l’ubiquité spatio-temporelle autorisée par les médiats et les technologies de l’information s’instituant peu à peu comme une nouvelle nature – influence à rebours l’horizon traditionnel des paysages tel qu’on les concevait jusque-là notamment en Europe, appuyés sur l’environnement factuel du quotidien, tant qu’il n’était pas branché si intensément sur le monde et comprenait encore une aire d’influence culturelle localisée. Jusque-là, le paysage allait aussi loin que portait le regard, persistait aussi longtemps qu’il en était gardé la mémoire de l’expérience, sa jouissance subjective étant aussi affinée et profonde que la sensibilité esthétique était cultivée, nourrie des représentations qui fondaient le vivre ensemble dans une proximité physique, ouverte sur l’imaginaire. Cette mutation, l’environnement immédiat s’articulant de plus en plus à des environnements exotiques, induit une chaîne de déplacements symboliques qui fait apparaître leur caractère contingent autant qu’elle donne lieu à un étrange nomadisme du sens fort d’un potentiel à saisir comme une liberté acquise, mais non dénuée de tensions nouvelles, suscitées, entre autre, par le sentiment général de la perte irréversible. C’est là que l’approche paysagère peut verser dans un conservatisme crasse, nous enchaîner lâchement au présent éternel de paysages éculés qu’il faudrait à tout prix préserver, nous interdire de fêter l’émergence prochaine de nouveaux paysages.

 

Comme le résume bien Marc Augé dans sa conférence Culture et Déplacements, ne perdons pas de vue que la notion de culture procède traditionnellement de tensions : entre l’individu et la collectivité, entre l’intérieur et l’extérieur, entre le passé et un présent qui porte en germe le futur – tensions que la globalisation exacerbe plutôt qu’elle n’y substitue d’autres formes de rapport à la culture – ces formes radicalisées et extrêmes récapitulées, nous pouvions opposer la série communauté / terroir / tradition à la série individu / planète / nouveauté ; radicalisation que vient tempérer ce nouveau paradigme de l’art qui tendrait à en faire l’exploration des manières d’habiter la profusion infinie des formes à notre disposition que Nicolas Bourriaud rassemble dans la figure archétypale du DJ.

 

Bien entendu, en prenant cette mesure de l’étendue de notre terrain d’opération, il ne s’agit pas de s’appesantir sur la perte d’aucun repère, mais, bien plutôt, d’en identifier le caractère dépassé des contenus – ni même, dans le prolongement de ce qu’a été la pensée moderne, de ce faire les chantres du nouveau ; DATABLOCK s’intéresse moins au nouveau qu’il ne l’accueil et le recueille – ; plus modestement il s’agit d’essayer d’arracher à la situation globale une matière significative qui soit l’opportunité de pistes de travail pertinentes à explorer, quand la surface du globe à fini de l’être et, alors que l’expansion extraordinaires des médiats devait à priori contribuer à le rendre plus transparent, débouche pourtant sur l’opacité de l’inconnu. L’inconnu du devenir offre encore un terrain d’aventure. Le monde est encore loin d’êtres soumis aux affres de l’ennuyeuse uniformisation. Dans cette configuration et à des échelles multiples s’offrent à nous de nombreuses pistes de travail qui tracent les contours de stratégies possibles d’architecture avec lesquelles nous avons des affinités et portent la marque d’un certain optimisme. C’est que l’aventure esthétique en elle-même ne peut pas incliner à nous faire désespérer de l’humanité.

 

Qu’une théorie montre, en effet, que la modernité ne consiste pas spécifiquement en un mouvement d’uniformisation des cultures mais plutôt en celui d’une banalisation des phénomènes culturels qui tendrait à les vider de leur substance, et voilà que le danger de la perte de sens est démenti par les faits. Cette dévalorisation, seulement provisoire, apparaît alors comme un phénomène transitoire: à l’échelle de la planète s’établissent en effet des zones plus ou moins actives d’échange qui s’apparentent à un vaste complexe de recyclage et d’appropriation lequel, localement, contribue en permanence à re-singulariser la matière arrachée à la circulation du main-stream culturel mondial. Phénomène observable dans la pratique du remake dont la richesse est clairement exprimée par Charles Tesson dans un article qu’il réserve au catalogue de l’exposition Planète Métis (malheureusement pas à la hauteur du catalogue) qui se tient actuellement à Paris : « En matière de cinéma, le front principal des métissages planétaires semble s’être installé au-dessus du Pacifique, entre Amérique et Asie. La montée de la Chine et des puissances asiatiques est davantage qu’un phénomène économique et financier. Elle s’accompagne d’un brassage inouï des imaginaires qu’illustre la création cinématographique en cette partie du monde. ». Notre optimisme sûrement, nous incline à voir comme un trait propre à définir la culture, cette entreprise répétée de relecture qui augmente sans cesse l’implication de la part individuelle dans la dynamique collective des cultures anthropologiques – entreprise de relecture à l’œuvre entre autre dans le détournement, et nous fait tant apprécier la culture Pop, le Punk en particulier dans sa version la plus énergiquement individualiste : chaque fois émerge une façon renouvelée de voir et de sentir, de se vêtir, d’apprécier le son, de marcher et se mouvoir qui réaffirme la vitalité propre à la culture populaire, courant souterrain de la culture, entreprise gigantesque de mixage à l’oeuvre depuis des aubes archaïques et dont la pleine puissance advient maintenant, subissant l’effet de la forte accélération de la circulation de l’information, avec les possibilités techniques modernes.

 

Ces déplacements, qui comprennent aussi des déplacements d’architectures, laissent présager une aube nouvelle qui, anticipant la réalité effective du paysage urbain, contient la promesse d’autres déplacements – Une telle intuition, par son côté polémique, le paysagiste et chercheur Pascal Aubry n’affirme-t-il pas que « le paysage Urbain n’existe pas encore », est l’opportunité d’une confrontation de points de vue professionnels riche de débats à venir. Quant à nous, « nous déplacerons bientôt des paysages urbains ».

 

DEPLACEMENT - BOAT Visuel de Denis Vinson destiné aux magazines, qui reprend l’affiche BOAT conçue pour une exposition de la cité de l’architecture de 2007 : un des clochers subsistant de l'ancienne église abbatiale de Déols, du XIIème siècle, détruite presque intégralement par Condé, est véhiculée sur un chaland, ce moyen de transport fluvial qu’on sait privilégié durant le Moyen-Âge - « Find a whole world of architecture at the heritage and architecture centre » (« Retrouvez toute l'architecture à la cité de l'architecture & du patrimoine ») campagne publicitaire EURO RSCG C&O, cité de l'architecture & du patrimoine, 2007.

 

SL

Par DATABLOCK
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